ARCHIVE CODE ÉTÉ 2008

exploration

Monsieur de Monfreid ne manquait pas d’air quand il partit dès 1911 dans son exil abyssin pour vivre
du commerce du café, du cuir et du trafic d’armes ou de haschich. écrivain prolixe, peintre autant que photographe, il fut l’un des derniers aventuriers tel qu’on le définissait hier : un homme libre, affranchi des conventions. Et le premier du genre moderne. Comme Tintin ou Peter Beard, Indiana Jones ou richard branson, les gazettes du moment en auraient fait un people planétaire. Les aventuriers étaient des héros, aujourd’hui ils sont fatigués. Fini les commandant Cousteau et les Tazieff, les Gagarine et les Armstrong, les Hillary, Tabarly et autres Bombard qui, sans balises Argos et sous prétexte scientifique, mêlaient les attributs du chercheur à celui du défricheur. Ils risquaient leurs vies pour rapporter des morceaux de l’inconnu.
Envolé l’esprit des Moitessier, Alexandra David-Neel ou Paul-émile Victor qui s’éloignaient du succès ou
de la route tracée pour découvrir des modes de vie différents, épouser de manière quasi extra-terrestre, les rituels d’autres peuples.
En ce mois de mai, nous célébrons une révolution vieille de quarante ans qui, comme un tsunami libertaire
fit exploser la société et tous ses corsets. Demain, nous fêterons vingt ans de murs qui tombent, de verrous qui sautent à l’Est, d’hommes et de femmes qui voient enfin l’horizon d’un autre œil. Néanmoins, de collective, l’aventure est devenue individuelle. Voire égocentrique. à l’ère de la globalisation et du clonage, elle s’est personnalisée et intériorisée. On voyage désormais au bout du monde pour se chercher soi-même. Nos profils sur le Net sont à l’image de nos fantasmes. Pour la célébrité, la télé sait fabriquer des destins. Pour des sensations virtuelles, Second Life peut vous téléporter dans son univers inoxydable.
Aujourd’hui, sortir tout juste des clous et des sentiers battus, transgresser les codes établis, aborder
des extrêmes d’une autre nature, fait figure de sommet. Créer sa propre marque, monter sa boîte, un nouveau média, une fondation, une galerie, fait office de dépassement de soi. Se démarquer, militer, imposer ses convictions a presque la couleur de l’exploit.
L’aventure est une nécessité, chacun aspire à en vivre au moins une, grande si possible, mais de nouveaux territoires sont certes à inventer. Pour les vrais amateurs de frissons, ces possibles se raréfient à moins qu’un pied sur Mars ne soit le dernier transport… sans avatars évidemment.

Pierre maunoury