ARCHIVE CODE HIVER 06/07

Une barquette de frites dorées, un pouce de la main gauche fraîchement sucé, un parisien breton qui fume le beurre, du papier à rouler et à détourner, un bouquet de carottes en botte, un irrésistible cassoulet, un beau et gros stylo qui coûte un œil, des rouleaux de réglisse qui collent aux cheveux, une fleur de lis scotchée sur une actrice, une scène du Kamasutra en cacao, une robe Lacroix couture comme apéro, un designer qui se met à table, un blouson Courrèges pendu comme un jambon, des plateaux-repas servis en classe éco, un faiseur de confiture plutôt surdoué, une suédoise mignonne avec un air dégouté, une tripotée de bouquins bien triés, un trend-setter plutôt comblé, une volée de galeries d’art anglo-saxonnes, une brochette de blogueurs starisés, un couvert bien mis dans un parking, un autre posé sous des pylônes, un éclair au chocolat drôlement mystique, un chef connu qui prend la pose ou un autre dévoilant ce qu’il fabrique dans ses cuisines… voilà en bref un nouveau CODE d’accés, au menu ni monochrome, ni monotone, bien arrosé de textes fins et liquoreux. Appétence, goût, succulence…
Depuis Carême et Escoffier (respectivement cuisinier des princes au XVIIIe siècle et cuisinier des Empereurs à la fin du XIXe siècle), le monde fait des gorges chaudes de toutes ces “gourmandises”. En hiver 2007, le sucré comme le salé restent de vrais musts, des “marronniers”, la cerise sur le gâteau qui évolue au gré du temps et des passions modernes alors que la pâtisserie change de registre et que la bonne recette n’existe plus. Du macaron à l’objet rare, de la truffe noire à l’œuvre d’art, le goût se transforme. on déstructure, on colorise et on designe. Pour être parfaitement “up”, il faut maintenant tout décliner en collections. L’alimentaire emprunte les codes de la mode vestimentaire ou prête les siens à la cosmétique. Sens, goûts et couleurs, tout se confond, tout se répond. Cette bonne vieille gourmandise, autrefois péché véniel, est devenue l’accessoire à exhiber, l’ultime thérapie, le truc qu’il faut avoir sur le bout de la langue. Comme ici, une histoire originale de bonbons dans un joli papier, qui vous met l’eau à la bouche et vous invite à vous resservir.

Pierre Maunoury