INITIATION
Autour de chaque bloc du Chelsea district à New York, ce sont plus de 250 galeries qui s’alignent coude à coude, entre réparateurs de Dodge trop polluants et frigos désaffectés. Ici, la succession de cubes quasi cliniques montre un ample échantillon de l’art contemporain. À Brooklyn idem. À Londres itou. Encore une fois, l’art se lève à l’Est, dans des lieux souvent très vides et très blancs, également calés entre garages pour vieilles anglaises à la réforme et entrepôts en jachère. L’art est désormais là, il n’attend plus que le collectionneur.
À Paris, les feux arrière des berlines noires se reflètent sur le bitume mouillé comme autant de performances électriques, alternatives, hypnotiques. La mélodie urbaine accentuée par la pluie qui tombe aujourd’hui m’incite à me mettre à l’abri. Dans une galerie. Pourquoi ne pas m’approprier quelque chose ? Mais acheter quoi, acheter qui entre peinture, sculpture, vidéo, photo ou énigmatique installation ? J’essaie la rue Louise Weiss, je traîne dans le Marais. Plus loin, un lieu bien éclairé m’aspire, je pousse la porte et change enfin de dimension. Au fond du bel espace, blanc, froid, mi-minimal, mi-underground, deux personnes sont posées là et parlent probablement d’art. Il faut bien constater que les galeries sont moins fréquentées que les concept-stores. Me voilà seul devant les deux experts. Je tente un contact et ose demander le nom de l’unique œuvre montrée. Is it me ? can it be ? : c’est son nom, entre pièce de fonderie et objet mystérieux, un peu comme un masque africain. On ne sait pas s’il faut en avoir peur ou s’il faut se mettre à l’aimer. La chance est avec moi, l’artiste est là ! Il m’initie à son projet artistique, me raconte son travail en tandem avec une plasticienne et m’explique tout de la pièce qui me fait maintenant vibrer. Le voile se lève quand je comprends son origine. Elle prend tout son sens et devient pour moi soudainement indispensable. D’un simple masque très attirant mais encore muet, la pièce et son inspiration initiale me parle d’art: yes !, I am a collectionneur now. Champagne !
PIERRE MAUNOURY